Intervention de Benoit Hamon - CN du 25 mars 2008
Je vais essayer d’évoquer moi aussi en quelques mots les conditions dans lesquelles nous allons préparer le congrès qui vient. Auparavant, je voudrais féliciter les camarades qui ont gagné aux élections municipales et avoir une pensée particulière pour une femme qui était candidate, qui s’est fait voler la victoire, c’est Jacqueline Amiel-Donat, candidate à Perpignan, à qui ma victoire a été injustement volée par des pratiques d’un autre âge. Il serait utile que le Parti socialiste lui exprime son soutien au moment où, j’espère, cette élection sera rapidement invalidée par le Préfet des Pyrénées orientales et sera remise en cause par la justice de façon à ce qu’il soit fait justice aux électeurs de Perpignan et qu’on puisse avoir une nouvelle élection sur place.
Nous serons donc dans une année charnière, 2008, parce que nous aurons à répondre à trois questions importantes qui sont posées aux socialistes : la question du projet, à savoir en quoi les électeurs nous reconnaissent-ils ? Henri Emmanuelli a évoqué ce qu’était le principal défaut aujourd’hui du Parti socialiste, le défaut de cohérence, et c’est bien la question centrale qui sera posée : comment reconstruire une cohérence politique ? Comment redémontrer aujourd’hui l’utilité du Parti socialiste au niveau national et pas simplement au niveau des collectivités régionales ou locales ? Il y aura la question du projet, il y aura la question de la stratégie de reconquête du pouvoir, comment nous nous mettons en situation avec un parti rénové et avec des alliances qui soient des alliances solides, de pouvoir reconquérir le pouvoir.
Enfin, la troisième question, qui est absolument liée aux deux premières, c’est celle du leadership. Ne tournons pas autour du pot, cette question sera posée, le leadership à travers celles et ceux qui seront candidat à l’élections présidentielles, mais aussi et surtout, en tout cas c’est cela qui doit nous occuper aujourd’hui celles et ceux qui animeront demain le Parti socialiste. La première chose, c’est d’essayer de faire cet effort de rompre avec le déni selon lequel nous aurions perdu les trois dernières élections présidentielles par trop plein de socialisme. N’importe quel étudiant de première année de sciences po, à la lecture du programme qui a été mené en 2002, comme en 2007, aurait constaté que l’offre politique du Parti socialiste était une offre de centre gauche en ligne parfaite avec les offres politiques défendues par les autres partis socio-démocrates en Europe, et une offre politique avec laquelle un certain nombre de ces partis, le SPD en tête, sont en train de rompre au motif que les politiques mises en œuvre quand nos dirigeants socialistes nous ont conduit à des défaites politiques et des défaites électorales assez lourdes. Nous avons défini une offre politique de centre gauche qui, à trois reprises, a été mise en échec. C’est le déni avec lequel il faut rompre car, si demain, nous rentrions dans ce congrès avec la volonté de rénover, refonder, reconstruire, en considérant que nous avons perdu par trop plein de socialisme, nous ferions une erreur fondamentale d’analyse sur les raisons, ou en tout cas sur ce que la nature de l’offre politique que nous avons défendue à trois élections présidentielles successives, qui n’était pas une ligne qui, reconnaissons-le, qui manifestait un trop plein de socialisme, mais parfois, et d’autres l’ont dit, un vrai défaut de socialisme sur certaines questions.
Voilà le déni avec lequel il faudra rompre et ensuite s’engager cette fois-ci sans précautions sur le débat sur la modernité de l’offre de la gauche et de l’offre socialiste. Je n’ai aucun état d’âme aujourd’hui à entrer dans ce débat et à considérer que, quand nous parlons de régulation, quand nous parlons de progressivité de l’impôt, quand nous parlons de redistribution, nous embrassons la modernité d’une offre politique de gauche, tant ce débat est au cœur du débat politique américain, tant ces questions sont au cœur du débat politique en Amérique du sud, et tant ces questions aujourd’hui structurent bien des remises en question de lignes politiques sur lesquels se sont organisés les partis socio-démocrates européens.
La modernité aujourd’hui, face à ce qu’est la crise macro économique et la crise financière, c’est bien de reposer la question des instruments de régulation, de convention et de surveillance, mais surtout de savoir comment demain, à travers le redéploiement de la puissance publique, nous serons en capacité de proposer des solutions plutôt que de laisser faire le marché, offrirons au peuple, à travers la démocratie et à travers la puissance publique, les moyens justement de réguler ce que sont les aberrations du système financier international.
Donc embrassons ce débat-là, et considérons aujourd’hui que ce qui est jugé par quelques éditorialistes archaïques en France est moderne partout ailleurs. Partout ailleurs, le retour de la puissance publique, le redéploiement de la puissance publique, le retour de l’intervention, les régulations sont devenus des éléments qui fondent la modernité d’une offre politique, celle des démocrates américains, celle d’un certain nombre de socialistes en Amérique du Sud, celle de nos camarades du SPD, il serait quand même curieux que cette modernité-là, une fois qu’on entre dans l’hexagone, soit transformée par quelques éditorialistes et par quelques-uns d’entre nous, peu nombreux, j’en ai entendu quelques-uns, peu nombreux heureusement à cette tribune, comme un élément de l’archaïsme politique. Je considère aujourd’hui que la modernité, c’est justement de revenir à ce qui est l’essentiel de notre fonction, essayer de réguler ce que sont les injustices, en l’occurrence le système capitaliste.
Enfin, puisque c’est l’année de l’anniversaire de mai 68, j’ai entendu l’analyse de Jean-Christophe Cambadélis que j’ai trouvée très juste : nous sommes confrontés à une crise économique et sociale, mais aussi une crise institutionnelle, et s’il n’y a pas de débouchés dans les réponses politiques du gouvernement à ce que l’expression d’un mécontentement, vu les tensions sur les salariés, vu les tensions dans la société, il n’est pas exclu que cette société se mette en mouvement et qu’il se construise à nouveau un puissant mouvement social.
A l’heure où nous allons avoir un congrès charnière, souvenons-nous de ce mouvement : le mouvement de mai 68 est un mouvement où les hommes et les femmes se sont fortement mobilisés autour de la préservation d’un certain nombre de droits, et ils ont pensé imaginer les libertés nouvelles et les droits nouveaux. Et l’état d’esprit qui doit être le nôtre vis-à-vis des questions bioéthiques, vis-à-vis des questions culturelles, via des questions démocratiques comme vis-à-vis des questions sociales doit être celui-là : nous devons être à nouveau un parti à l’offensive tourné vers l’avenir, pensant les droits et les libertés nouvelles, et ne considérant pas aujourd’hui que l’identité socialiste se résume à préserver ce qui existe, ce qui est déjà une bonne chose, mais c’est de penser justement l’avenir à travers des libertés et des droits nouveaux.
A partir de là, j’ai entendu bon nombre de ceux qui sont passés avant moi à cette tribune laisser entendre ce que pourrait être leur attitude à ce congrès. Nous approuvons ce calendrier et cette méthode. En même temps, le congrès aurait eu lieu plus tôt, ça ne nous aurait pas dérangés. Moi, je signerai une motion dans laquelle l’offre politique justement, posera la question de la modernité à travers le retour de la redistribution et des régulations de l’intervention de l’Etat, posera la question du devoir des socialistes et de la responsabilité des socialistes à travers tous ces champs dans lesquels nous voulons inventer et imaginer des libertés nouvelles et des droits nouveaux. En tout cas, nous prendrons nos responsabilités, non pas pour dire lequel d’entre nous sera le mieux placé pour être premier secrétaire, mais pour dire que le débat d’orientation, c’est dans la clarté. Nous signerons un texte sur ces orientations pour incarner justement cette modernité d’un socialisme français en raisonnant avec la modernité du socialisme partout ailleurs.


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